Par Matthieu ECOIFFIER
vendredi 15 juin 2007
«Monter les cages d'escaliers et les redescendre, y a que ça de vrai !» Cette phrase résume à elle seule la situation dans laquelle se trouve Dominique Strauss-Kahn depuis dimanche. En ballottage dans la 8e circonscription du Val-d'Oise (il a obtenu 37 %des voix, contre 37,37 à son adversaire UMP), le voilà contraint à multiplier les séances de porte-à-porte pour mobiliser les abstentionnistes.
«Beaucoup de gens, notamment les jeunes, se disent : "A quoi ça sert de voter puisqu'on a perdu la présidentielle." La seule solution, c'est d'aller les voir un par un», explique DSK. «Moi, 15 cages d'affilée, c'est mon maximum», raconte-t-il en tirant la langue.
Si l'ancien ministre des finances «va au turf», c'est que sa rivale UMP, Sylvie Noachovitch, avocate dans l'émission de TF1, Sans aucun doute, l'a devancé de 90 voix au premier tour. D'où «un effet loupe», assure DSK, qui se dit «assez serein». «Cette fois, la droite était unie. Elle n'a pas de réserve de voix. Moi, j'ai obtenu le même résultat qu'en 2002, et, pour le second tour, le PC et les Verts appellent à voter pour moi, les antilibéraux à voter contre la droite.»
Mais dans les quartiers populaires, la moitié des électeurs de gauche ne se sont pas déplacés. «A Jean-Jaurès, je fais le même score que d'habitude, mais sur 300 voix au lieu de 600. Si on arrive à faire venir 50 abstentionnistes dans une dizaine de bureaux de vote, on augmente la participation de 5 % et ça roule !» Objectif du leader socialiste : «53 % en pleine vague bleue serait un exploit.»
A sa permanence, François Pupponi, le maire PS de Sarcelles, coordonne «le boîtage et le tractage» des militants. M. Fal, le patron de la laverie, passe inscrire son nom et la rue qu'il va visiter. «On s'est rendu compte que certains ne savaient même pas qu'il y avait une élection !», raconte une militante. A chaque abstentionniste, l'équipe de DSK fait miroiter les avantages d'avoir une pointure nationale comme député : «En un coup de fil ou avec un dossier bien ficelé, Dominique a obtenu le tramway, une sous-préfecture, l'arrivée de l'agence nationale des chèques vacances, la rénovation de la gare RER et de la piscine...», énumère Nathalie. «Et sa rivale dit qu'il n'est jamais là !»
Au marché de Lochère, Sylvie Noachovitch accuse DSK d'être «un député fantôme qui a délaissé sa circonscription». Etiquetée UMP, elle se déclare ni de droite ni de gauche, prend soin de ne pas prononcer le nom de Sarkozy : «J'avais tout, la télé, la notoriété. Je suis là pour les gens, vous avez compris l'amour qu'ils me portent !», s'égosille-t-elle, embrassant une mamma en turban. Quand Libération lui demande si, députée, elle voterait la TVA sociale, la candidate explose : «Ce monsieur n'est pas journaliste, appelez la police !»
H.Ghomi