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12.10.2006 par Ivan Best
Face à Royal et Fabius dans la course à l'investiture du PS pour la présidentielle, Strauss-Kahn retrouve sa véritable
nature.
Début septembre, quand il lâche cette petite phrase dans le TGV qui l'emmène à Autun,
où il va rencontrer les salariés de Dim, Dominique Strauss-Kahn surprend les journalistes présents. Il y a quelques années encore, cette autodéfinition du héraut libéral du PS aurait pu paraître
anodine. Mais, depuis 2005, l'ex-ministre des Finances s'est tellement ingénié à gauchir son image pour épouser ce qu'il pense être l'orientation profonde de son parti qu'on l'avait presque
oublié.
Déjà perceptible au printemps, le revirement est spectaculaire. Partiellement remis en
selle par la défection de Lionel Jospin, DSK a décidé de tirer ses dernières cartouches avec les armes qu'il maîtrise le mieux. Celles de la « droite de la gauche », comme avait pu titrer un
magazine à la fin des années 90. En témoignent ses déclarations récentes et un brin provocatrices sur la nécessité de revoir les régimes spéciaux de retraite. Revoici donc le Strauss-Kahn un peu
oublié, le socialiste éclairé de la fin des années 90, dont on se demande, in fine, s'il ne s'est pas trompé de stratégie.
Revirement :
La stratégie ? Pendant des mois, DSK décide de mettre sa vraie personnalité entre
parenthèses. Plus question de modernisme, de réformisme, de réalisme, on met le cap à gauche toute. L'expression social-démocrate ? Un tabou. Quant à parler de social-libéralisme... « Non, non,
je ne vois pas ça », proteste-t-il face à un Olivier Besancenot qui, sur France 2, en décembre 2005, voit dans les positions du PS « une orientation social-libérale
».
A propos du partage des fruits de la croissance, « j'ai la même indignation que vous », concède alors DSK au porte-parole de la Ligue communiste révolutionnaire. La
mondialisation, si on doit la combattre, c'est pour revenir en arrière », sur le partage de la valeur ajoutée, ajoute-t-il alors, évitant de s'opposer trop visiblement à Besancenot. L'idée même
de ce face-à-face avec « le facteur » fait alors débat parmi les proches de Strauss-Kahn.
Mais DSK n'en a cure. Il n'a en tête que son recentrage au sein de la gauche, et
spécialement à l'intérieur du PS. Surtout ne pas paraître trop « droitier », de peur d?être marginalisé dans une formation sous le choc du vote « non » au référendum sur la Constitution
européenne.
Aujourd'hui, force est de constater que ce choix n'a emporté ni l'enthousiasme des électeurs ni celui des caciques du PS. « Au moment du congrès du Mans, en novembre, il s'est
dit "il faut que je donne des gages", souligne le maire de Mulhouse, Jean-Marie Bockel, qui revendique avec constance son positionnement à l'aile droite du PS. Mais DSK n'a pas réussi à gauchir
son image. »
Erreur :
Un responsable socialiste, qui s?apprête à soutenir Ségolène Royal, se montre plus virulent
dans sa critique. « Dès le printemps 2003, à l'occasion du congrès de Dijon, Strauss-Kahn a commencé à se renier. Il a abandonné son originalité, et s'est enlisé dans un positionnement qui l'a
étouffé. » Même ses proches, tel Pierre Moscovici, secrétaire national du PS aux questions internationales, admettent que « DSK a un peu brouillé son image ». Il a pensé qu'il fallait d'abord
conquérir l'appareil, avant de se tourner vers l'opinion.
Une position logique pour celui qui veut être désigné par son parti. D'autant que François Hollande, premier secrétaire du PS, le conforte dans ce choix en lui faisant miroiter
son soutien si DSK joue le jeu de la direction du PS. De là à dire que l'ancien ministre des Finances s'est un peu perdu dans les manoeuvres internes du parti, il n'y a qu'un pas.
Le résultat ? DSK a laissé à d'autres la palme de l'originalité. A commencer par Ségolène Royal. « Il est resté dans une campagne classique, sous-estimant la transformation à
la fois de la sociologie du PS et de l'opinion », analyse un expert socialiste. Dans le même temps, « Royal a eu l'intelligence de porter la problématique des valeurs, comme ont pu le faire
avant elle Blair ou Zapatero ». Deux hommes dont DSK n'est pourtant pas si éloigné. Dans la course à la candidature au sein du PS, la présidente de Poitou-Charentes peut désormais espérer obtenir
le soutien de la majorité absolue des adhérents socialistes, dès le premier tour, le 16 novembre.
Comme elle, DSK aurait eu intérêt à faire entendre sa différence, plutôt que de s'en tenir à la ligne du PS. Mais cette stratégie, envisagée, débattue dans son entourage,
n'était pas sans risques, comme l'observent ses proches. Le contexte, il est vrai, se prêtait peu à l'affirmation au sein du PS, et plus généralement de la gauche, d'une ligne très
réaliste.
Comment expliquer, alors, la réussite de Ségolène Royal, à coups de prises de position peu
orthodoxes ? « La grande différence, c'est qu'elle n'a jamais été vraiment intégrée au PS, alors que DSK est vraiment à l'intérieur du parti, affirme Pierre Moscovici. Il n'est pas un outsider.
Pour elle, gagner par l'extérieur est beaucoup plus facile. On n'a pas fait payer à Ségolène Royal ce qu?on aurait fait payer à Strauss-Kahn s'il avait suivi la même voie. »
Le député PS Jean-Christophe Cambadélis, l'un des plus proches conseillers de DSK, abonde en ce sens : « Afficher sa différence au Mans, à l'automne dernier, eût été une erreur
majeure. Nous aurions alors fait le jeu de Fabius », qui n'aurait eu de cesse de marginaliser DSK à droite du PS.
Retard :
Pas de regret, donc. Reste que le retard à combler aurait de quoi en décourager plus d'un.
Mais nul, au PS, ne l'estime encore battu. « Ségolène Royal, c'est une bulle, il faut la percer », lance Pierre Moscovici. « Dominique va montrer
qu'il répond à la demande de renouvellement, poursuit Cambadélis. Il peut offrir la compétence à la rénovation. » Il lui reste un peu plus d'un mois pour en convaincre les militants
socialistes. Après le « non » au référendum sur la Constitution européenne, DSK craint de se marginaliser : il met cap à gauche toute.
Le propos social-démocrate lui sied mieux.
Octobre 2005 : 33 %
L'Europe est trop libérale, parce qu?elle ne tient pas assez compte de la volonté de
réguler les marchés. Ce qui est en cause, c?est un libéralisme exacerbé qui s'est emparé de la vie économique.
Décembre 2005 : 33 %
Olivier Besancenot, j'ai la même indignation que vous. [...] Nous ne sommes pas là pour
nous disputer. La mondialisation, si on doit la combattre, c'est pour revenir en arrière dans le partage de la valeur ajoutée.
Janvier 2006 : 31 %
Notre but, c'est la fin de la société précaire [...]. Si la gauche ne s'occupe pas de la
protection des ouvriers, qui le fera ? Si la gauche ne s'en occupe pas, alors à quoi sert la gauche ?
Mars 2006 : 27 %
Dans la fusion Suez-GDF, je vois l'expression d'une caste nouvelle, comme l'appelait Lionel
Jospin, prête à brader nos actifs industriels pour garder ses privilèges.
Mai 2006 : 30 %
Nous raillons les socialistes britanniques, les allemands, les suédois, tous pas assez à
gauche. Mais eux, ils gagnent les élections. Tony Blair est loin d'être parfait, mais parce qu'il est capable de vision, parce qu'il sait entraîner quand c'est indispensable, c'est un homme
d'Etat.
Octobre 2006 : 31 %
Il faut laisser les 35 heures en l'état, et non les généraliser à l'ensemble des salariés
[...]. Parmi tous ces débats sur les retraites, il y a la question des régimes spéciaux. Il faut en sortir.
La popularité de Dominique
Strauss-Kahn
(Cote d'avenir Sofres : pourcentage d'électeurs souhaitant voir DSK jouer un rôle important
dans les mois à venir.)
H.Ghomi